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Témoignages : le shopping vu par Maxime et Elodie

Elodie en pleine session shopping. Photo : JG Normophobe

Cover continue d’aller à votre rencontre pour connaître vos envies et vos besoins vestimentaires, et ainsi faciliter votre expérience shopping. Aujourd’hui, ce sont Maxime et Elodie qui nous parlent de leur rapport au vêtement.

Maxime est un jeune homme atteint par une paralysie cérébrale et âgé de 30 ans. Habitant à Rennes, il est traducteur indépendant (anglais et espagnol vers le français) et suit des cours de chant traditionnel au Conservatoire de Rennes.

Élodie est une jeune rennaise en situation de handicap moteur âgée de 28 ans. Actuellement en recherche d’emploi, elle est bénévole pour SOS Handicap, une jeune association locale qui a pour objectif de lutter contre les discriminations à l’encontre des personnes en situation de handicap. Tenant à prendre soin de son apparence physique, notamment en choisissant des vêtements qui lui plaisent, elle a accepté de nous accorder un entretien afin d’évoquer sa relation au vêtement.

Tous deux ont accepté de répondre à nos questions relatives à leurs habitudes en matière de shopping vestimentaire.

CD : Achetez-vous vos vêtements dans des boutiques spécialisées ou bien trouvez-vous votre compte dans les enseignes généralistes et/ou les boutiques de proximité ?

Maxime : Selon moi, si tu peux t’habiller chez Celio ou H&M, tu peux t’habiller n’importe où. J’ai la chance de ne pas avoir à chercher ailleurs. Je vais dans les grandes enseignes.

 Élodie : Je n’achète pas mes vêtements en boutique spécialisée. Je les achète quasiment tous au centre commercial Colombia, à Rennes. Je vais, entre autres, chez Naf Naf, H&M, Promod, Camaïeu, Bonobo et Cache Cache. Pour les cosmétiques, je fréquente les boutiques Sephora et Yves Rocher. Enfin, il m’arrive de commander en ligne des vêtements chez La Redoute et Forever 21.

CD : Avez-vous des marques de prédilection ou bien des modèles spécifiques qui vous semblent ergonomiques ?

Maxime : Je suis souvent courbé, je porte donc régulièrement un T-shirt noir basique de la marque Celio car la coupe des manches est assez droite. La pièce est près du corps sans être moulante. Cela ne me pose pas de problème de porter un T-Shirt noir car cela va aussi bien dans le contexte professionnel, avec un costume, que dans un cadre plus informel. C’est passe-partout.

Élodie : Je ne prends pas en considération mon handicap lorsque je choisis mes vêtements. Je réfléchis davantage à l’adéquation entre le vêtement et ma morphologie. Ainsi, je privilégie les tailles hautes et j’apprécie les chemisiers fluides.

CD : Combien d’argent êtes-vous prêt à dépenser pour acheter un vêtement ?

Maxime : Entre 30 et 40 euros par pièce et davantage si j’ai un coup de cœur.

Élodie : J’essaie de mettre le moins cher possible, sauf pour une occasion particulière (soirée importante, mariage…). Je m’oriente vers les vêtements à prix moyen, mais je suis prête à investir davantage si la matière du vêtement est noble, s’il y a de la soie par exemple.

CD : Quelles difficultés rencontrez-vous lors de votre shopping vestimentaire ?

Maxime : J’ai appris très vite à connaître les formes et les tailles qui me vont afin d’éviter l’essayage en magasin (cela me prend trop de temps). Lorsque je ne suis pas sûr que le vêtement m’aille, je conserve les étiquettes et l’essaie chez moi. Si le vêtement ne me va pas, ce qui est très rare, je le ramène en magasin. Je peux rencontrer des difficultés pour trouver un veste de costume qui m’aille car le bas des vestes se relève souvent car je suis courbé. Il faut que j’en trouve qui ne soient pas trop cintrées non plus car je ne peux pas tendre complètement les bras.

Élodie : Je peux rencontrer des difficultés lorsque je souhaite essayer le vêtement en magasin. En effet, les vendeurs utilisent les cabines d’essayage adaptées aux personnes à mobilité réduite comme endroit de stockage. Cela ne leur plaît pas de devoir déplacer des cartons. Une fois, une vendeuse a demandé à ce que je m’habille dans une cabine « normale ». J’ai refusé et je suis partie du magasin sans acheter les articles (et il y en avait beaucoup !). Sinon, beaucoup de boutiques situées dans le centre historique de Rennes ne sont pas accessibles aux personnes à mobilité réduite. C’est la raison pour laquelle je réalise la majorité de mes achats dans le centre commercial Colombia.

CD : Pensez-vous que la mode soit un facteur d’inclusion sociale ?

Maxime : La mode, l’apparence vestimentaire rassure certaines personnes qui vont savoir dans quelle classe d’âge, dans quelle catégorie sociale te mettre.

Élodie : J’ai beaucoup de vêtements car j’aime avoir du choix quand je me réveille (rires). À l’âge de 22-23 ans, je me suis beaucoup « lâchée » en achetant énormément de vêtements. Même si je me suis calmée, j’apprécie toujours autant le shopping. Sinon, je pense que la mode est forcément un facteur d’inclusion sociale. La mode attire le regard, le paraître. Pour moi, il est très important que je prenne soin de moi car l’on aura plus envie d’aller vers une personne bien dans sa peau. Sans être superficielle, il me paraît important que chacun (petit, grand, en fauteuil…) se sente bien dans sa peau.

CD : Quelles mesures, selon vous, pourraient aider les personnes à mobilité réduite ? COVER a notamment pour mission de faciliter le shopping vestimentaire des personnes à mobilité réduite via la labellisation de pièces ergonomiques dans l’industrie du prêt-à-porter. L’association vient d’ailleurs de débuter une collaboration avec la marque Brice. Qu’en pensez-vous ?

Maxime : Je pense qu’il faudrait trouver des solutions concernant les cabines d’essayage, notamment en créant des cabines plus modulables, selon les types de handicaps. J’imagine une grosse cabine, un endroit qui se ferait livrer des fringues de diverses boutiques. Une sorte de point de chute destiné à l’essayage de vêtements pour les personnes à mobilité réduite. Concernant Cover, je suis impressionné par ce partenariat, par le fait que la marque ait trouvé un intérêt à coopérer avec Cover. Au delà de la simple question vestimentaire, Cover essaie de faire changer les points de vue et les mœurs sur ce qu’est l’apparence normale et convenable dans la société.

Élodie : Je pense tout d’abord qu’il serait bien de former les vendeurs au handicap. À propos du label, je pense qu’il va faire réagir certaines marques et faire évoluer les mentalités. Une personne à mobilité réduite est une personne à part entière et ne se réduit pas à son handicap. Enfin, d’un point de vue pratique, les femmes de petite taille veulent s’habiller en « femme » et non comme des enfants. Ce serait ainsi bien que les marques prennent en compte les femmes ayant des petites jambes, ce qui est mon cas.

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A propos de Lydie Raer

Lydie Raër a 22 ans. Elle est étudiante en droit de la santé. Lydie est atteinte d’ostéogénèse imparfaite, plus communément appelée « maladie des os de verre ». Elle dit n’avoir jamais été freinée par sa pathologie. Ainsi, vit-elle de manière totalement autonome (elle va à la fac, elle a passé son permis, elle fait de la natation, de la musique, elle a une vie sociale, affective et sexuelle qui lui convient parfaitement). Néanmoins, plus Lydie avance en âge plus elle constate que beaucoup de personnes véhiculent un nombre incommensurable de préjugés à l’égard des personnes en situation de handicap, notamment en ce qui concerne leur vie affective et sexuelle. Ainsi, selon un sondage réalisé par l’IFOP en 2006, 61% des personnes interrogées pensent que les personnes handicapées n’ont pas de vie sexuelle. Mieux encore, 87% des Français interrogés pensent que vivre en couple avec une personne en situation de handicap nécessite du courage. C’est la raison pour laquelle Lydie Raër a décidé de créer un blog en février dernier, dénommé « porte-jarretelles & wheelchair » où elle évoque des anecdotes plus ou moins cocasses, et relatives à la sexualité notamment. En effet, la sexualité des femmes est déjà un sujet tabou. Alors la sexualité des femmes en situation de handicap…n’en parlons pas !

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