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Slam en fauteuil roulant au Hellfest : Pourquoi ça a fait le buzz ?

Image : positivr.fr

Cette semaine, un cliché a été repris par tous les grands médias français : l’image d’une jeune femme en fauteuil roulant slammant au-dessus de la foule compacte du Hellfest. Une scène qualifiée d’ « insolite » ou « inspirante » mais dont le caractère viral a de quoi surprendre les festivaliers réguliers, en particulier ceux du Hellfest, qui y sont plutôt habitués.

Tous les festivaliers vous le diront : derrière l’énergie et la violence d’un concert de métal qui peuvent effrayer et s’avérer dangereuses, se cache une communauté franchement sympathique dont les membres sont habitués à prendre soin des autres en cas de besoin. Bref à se soutenir, très littéralement, puisque c’est même le principe de la pratique du slam (crowd surf, en anglais). Et voir une personne en fauteuil roulant slammer n’est pas si rare que ça, en particulier au Hellfest, grand messe des amateurs de musiques extrêmes qui a lieu chaque année à Clisson depuis plus de 10 ans. On trouve d’ailleurs des photos de slammeurs en fauteuil qui remontent à 2012. L’émerveillement du public pour les slams de Morgane, 25 ans, lors du Hellfest 2017 est donc étonnant. Il s’explique pour plusieurs raisons.

Avoir une vie « normale » en fauteuil roulant ?

Il y a tout d’abord la persistance de l’idée reçue selon laquelle une personne en situation de handicap ne peut pas avoir une vie « normale » et partager les hobbies des valides. Certes, le manque d’accessibilité des lieux publics, et notamment des lieux culturels, ne facilite pas les choses. Mais n’oublions pas qu’il est par exemple tout à fait possible de danser que l’on soit sourd ou en fauteuil roulant. Malheureusement, si l’implication de personnes en situation de handicap dans les différents domaines artistiques est régulièrement relayée dans la presse locale, elle atteint (beaucoup) plus rarement les colonnes de la presse nationale.

L’image de la slammeuse en fauteuil du Hellfest a donc d’autant plus « frappé les esprits« , d’après la formule utilisée par Le Figaro dans son article « Festival, cinéma, théâtre: sortir malgré le handicap » – un article intéressant mais dont le titre pique un peu.  Plus de 10 ans après la fameuse loi sur l’accessibilité des lieux publics, il n’aurait pas été superflu de rappeler d’entrée de jeu que le handicap n’est plus supposé en être un. Du coup, l’expression « malgré le handicap » à de quoi mettre un rogne.

Le manque d’accessibilité, véritable nerf de la guerre

Nonobstant cette titraille maladroite, cet article vaut la peine d’y jeter un oeil puisqu’il porte sur une étude du groupe Malakoff Médéric consacrée à l’accessibilité à la culture :

Et pour cause: selon une enquête inédite sur l’accessibilité à la culture des personnes en situation de handicap, réalisée entre le 3 avril et le 17 mai par le groupe mutualiste de protection sociale Malakoff Médéric, 61 % des personnes concernées considèrent l’accès à la culture difficile. Près de 7 personnes sur 10 aimeraient sortir davantage. Mais le prix (pour 44 % des personnes interrogées), l’affluence (pour 27 %) et le manque d’accessibilité des lieux (pour 18 %) les en empêchent.

Concernant les festivals, le groupe mutualiste s’appuie sur le témoignage du sportif Michaël Jeremiasz :

«Je fais partie des gens qui s’autocensurent. Durant seize ans, je me suis interdit les festivals, persuadé qu’on me mettrait à l’autre bout de la scène, que ce serait l’enfer s’il pleuvait, ou par crainte des mouvements de foule, car nous sommes, en fauteuil, les plus vulnérables. Et puis, je suis allé aux Eurockéennes de Belfort avec Malakoff Médéric, partenaire de l’événement», témoigne Michaël Jeremiasz, quadruple médaillé paralympique de tennis en fauteuil et ambassadeur de la démarche accessibilité des lieux de culture et de loisirs pour le groupe mutualiste.

Aux Eurockéennes de Belfort (dont la prochaine édition aura lieu du 6 au 9 juillet), le sportif à l’âme de rockeur a découvert le «all access» avec des bénévoles, des accompagnants, un bar tenu par des malentendants, des Joëlette (fauteuils à roue unique, NDLR) pour aller sur les terrains accidentés, des systèmes de boule magnétique et de colonnes vibrantes pour les malentendants. «Une vraie volonté de vivre ensemble», se réjouit Michaël Jeremiasz. Depuis, il est allé à Rock en Seine, dont le groupe est aussi mécène (prochaine édition à Saint-Cloud, du 25 au 27 août). Et s’apprête à découvrir Solidays ce week-end, avec lequel Malakoff Médéric inaugure un partenariat (il en compte un quatrième avec Terres de Son à Tours, du 7 au 9 juillet).

Une prise de conscience collective ?

L’engouement des médias comme du public pour les photos de Morgane la slammeuse a été impressionnant. Si les clichés eux-mêmes ont été repris par une myriade de grands et moins grands médias, la jeune femme a également été interviewée par le magazine Néon et l’émission Quotidien (dont la relation privilégiée avec les metalheads du Hellfest, depuis l’époque du Petit Journal, n’est un secret pour personne) :

De son côté, le groupe Malakoff Médéric dont nous vous parlions plus haut a clairement su flairer le bon filon, comme le montre ce clip promotionnel :

Que conclure de tout ça ? Déjà que les médias sont plus attentifs aux problématiques propres aux personnes en situation de handicap. Il s’agit encore majoritairement d’histoires individuelles comme celle de Morgane mais les questions posées touchent quant à elles à des problématiques beaucoup plus universelles : l’accessibilité, le quotidien avec un handicap, la perception du handicap par les valides, etc… De leur côté, les entreprises semblent aussi avoir compris qu’il y avait une carte à jouer autour des thématiques de solidarité. Ne vous y trompez pas : il reste encore un bon bout de chemin à faire. De préférence en slammant !

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A propos de Alexandra Caussard

Rédactrice en chef

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