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Les hommes aiment tout ce qui roule, non?

Handicap, séduction, sensualité, sexualité… L’édito de Lydie Raër, membre du comité de rédaction de Cover Dressing et auteur du blog « Porte-jarretelles and wheelchair » .

Photo Christophe Lecrenais
Photo Christophe Lecrenais

Pour moi, cela a toujours été une évidence que les personnes en situation de handicap pouvaient séduire des personnes valides. En effet, mes parents étant un couple mixte handi-valide, je n’ai jamais compris pourquoi le handicap était un frein à la séduction, à la vie sexuelle, à la vie familiale… Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours vu autour de moi des couples handi-valide, handi-handi et puis bien sûr valide-valide. Pour moi, il n’y avait pas de catégorisation. Il y avait des personnes qui s’aimaient, plus ou moins, certes.

« Tu lui en as parlé de ton handicap? »
En grandissant, j’ai progressivement observé que le handicap pouvait être une tare dans le domaine de la séduction. Ainsi, lorsque j’étais adolescente et que je parlais de mes premiers émois…une des premières questions qui venait à l’esprit de mes amis à qui je narrais mes péripéties d’ado pré-pubère était « Tu lui en as parlé de ton handicap? Cela ne le dérange pas? ». Pour moi, la réponse était évidente, c’était non. J’avais un fauteuil roulant pour me déplacer certes, mais pourquoi cela dérangerait les garçons? Ils aiment tout ce qui roule, non ?
Puis, la période de mes premières relations sexuelles est arrivée. Je n’ai pas eu trop mal à trouver LE premier. Comme toutes les ados de mon âge, je n’ai pas pu garder cela pour moi trop longtemps… Il fallait que je le dise à mes amis proches du moment. Il se trouve que j’ai reparlé de cela il y a quelques mois avec une amie. Elle n’avait pas osé me le dire à l’époque mais elle avait été choquée. Oui, choquée. Elle ne comprenait pas comment cela était possible. Elle croyait que cela m’aurait cassée. En y réfléchissant, j’imagine que d’autres personnes ont pensé la même chose, sans jamais me le dire. Bien que cela puisse paraître impudique, je dois en parler. Il est nécessaire de briser ce tabou qu’est la sexualité des personnes handicapées, en particulier celle des femmes handicapées.

Il faut mettre fin à ces blocages concernant le handicap et la vie affective et sexuelle
Tout d’abord, je tiens à affirmer que les hommes qui ont une relation avec une femme handicapée ne sont pas (tous) fétichistes. Certes, il y a bien des amateurs du genre, néanmoins j’imagine qu’ils ne représentent qu’une infime minorité (je l’espère car cela reviendrait à nous réduire à des femmes-objets). De même, un homme qui a une compagne en situation de handicap n’est pas non plus un saint qui fait preuve d’une bonté d’âme exceptionnelle.
Ensuite, je souhaite évoquer le cas des femmes handicapées n’ayant pas eu la possibilité de mener une vie affective et sexuelle à cause de leur handicap pour qui l’assistance sexuelle semble être la réponse la plus adéquate tant que la société ne sera pas plus inclusive. Contrairement à ce qu’avance la présidente de « Femmes pour le dire, femmes pour agir » Maudy Piot, un nombre non négligeable de femmes handicapées souhaiteraient bénéficier de l’assistance sexuelle. Oui Maudy, à l’instar des hommes, les femmes ont des besoins charnels. Je pense néanmoins que l’assistance sexuelle, que ce soit pour les femmes ou pour les hommes, ne peut être une solution pérenne. En effet, bien que je sois un brin trop utopique, je pense qu’il est essentiel de sensibiliser la population, en mettant ces femmes handicapées en avant afin de mettre fin à ces blocages concernant le handicap et la vie affective et sexuelle. C’est en cela que le projet Elles, dont je vous ai parlé dans un précédent billet sur mon blog, est intéressant car il vise à démontrer que les femmes handicapées sont des femmes à part entière.
En ce qui concerne ces blocages, il convient de les identifier.

Tout d’abord, il y a un blocage de la part du corps médical, ce qui, à priori, peut sembler surprenant. En matière de gynécologie tout particulièrement… Combien de cabinets sont accessibles aux personnes handicapées ? Hormis le côté logistique, il est important de relever que certains médecins font preuve d’une certaine étroitesse d’esprit. On pourrait même parler d’ignorance.
Ainsi, il y a trois ans de cela, je suis allée au planning familial de ma ville d’adoption afin de renouveler ma contraception. C’était la première fois que je voyais ce gynécologue, un homme. Tout d’abord, il me dit que ma maladie est transmissible avec 50% de chance (non, sans blague) et que je devrais faire attention à ne pas tomber enceinte pour ne pas transmettre ma maladie. Ensuite, il me demande de quel handicap est atteint mon ami de l’époque. Pour couronner le tout, il me montre comment enfiler une capote sur un pénis factice en plastique… De prime abord, cela est drôle car la situation est totalement surréaliste. Néanmoins, il convient de souligner que cela est vraiment consternant, voire déprimant. Comment espérer des gens une certaine ouverture d’esprit alors que même un médecin émet des inepties de la sorte ? Je vous rassure, cela ne m’est arrivé qu’une seule fois.

Le blocage vient ensuite de la gente masculine elle-même (n’ayant pas d’amies handicapées et lesbiennes, je ne peux évoquer que les relations hétérosexuelles). En effet, pour certains hommes le handicap est synonyme d’impossibilité d’avoir des relations sexuelles. Bien que mon cas soit particulier car je suis atteinte de la maladie des os de verre, à plusieurs reprises il m’a été demandé, de manière plus ou moins délicate et plus ou moins franche si je pouvais faire l’amour, et certains hommes ont rebroussé chemin lorsqu’ils ont su que j’étais fragile. Le dernier épisode remonte à l’été dernier. J’étais en soirée, une amie fêtait son anniversaire. Il se trouve qu’il y avait un séduisant jeune homme. Certes, je savais tout de suite que je ne ferais pas ma vie avec lui. Néanmoins, on se plaisait mutuellement et j’avais envie de m’amuser… C’était l’été. Pendant toute la soirée, nous nous sommes cherchés jusqu’au moment fatidique… où il apprend ma maladie. Cinq minutes plus tard, Monsieur avait ses mains sur les fesses d’une autre fille. Pour me rassurer, je me dis que cela est un filtre pour ne garder que les bons… L’auto-persuasion ne dure qu’un temps. Je l’admets.

Enfin, le plus important, le blocage vient des personnes handicapées elles-mêmes ! Combien de fois n’ai-je pas entendu « mais de toute façon, il ne s’intéressera jamais à une nana comme moi » ou encore « écoute, c’est le seul qui m’accepte comme je suis, je le garde (même si je ne l’aime pas) ». Non les filles ! Un peu de fierté ! Ce n’est pas parce qu’on est handicapées que l’on a pas le droit d’avoir des exigences et que l’on doit se contenter de « ceux qui nous acceptent comme on est ». Il faut prendre de l’assurance et foncer, séduire… Nous sommes des femmes à part entière, singulières. Ce n’est pas un membre en moins, des membres qui ne sont pas opérationnels, une petite taille, une démarche fortement chaloupée, etc… qui vont ôter notre charme (et nos envies). Bref, lâchez-vous et osez !
Souvenez-vous-en, les hommes aiment tout ce qui roule (désolée pour celles qui peuvent marcher).

Retrouvez d’autres articles de Lydie sur son blog : Porte-Jarretelles et Wheelchair

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A propos de Lydie Raer

Lydie Raër a 22 ans. Elle est étudiante en droit de la santé. Lydie est atteinte d’ostéogénèse imparfaite, plus communément appelée « maladie des os de verre ». Elle dit n’avoir jamais été freinée par sa pathologie. Ainsi, vit-elle de manière totalement autonome (elle va à la fac, elle a passé son permis, elle fait de la natation, de la musique, elle a une vie sociale, affective et sexuelle qui lui convient parfaitement). Néanmoins, plus Lydie avance en âge plus elle constate que beaucoup de personnes véhiculent un nombre incommensurable de préjugés à l’égard des personnes en situation de handicap, notamment en ce qui concerne leur vie affective et sexuelle. Ainsi, selon un sondage réalisé par l’IFOP en 2006, 61% des personnes interrogées pensent que les personnes handicapées n’ont pas de vie sexuelle. Mieux encore, 87% des Français interrogés pensent que vivre en couple avec une personne en situation de handicap nécessite du courage. C’est la raison pour laquelle Lydie Raër a décidé de créer un blog en février dernier, dénommé « porte-jarretelles & wheelchair » où elle évoque des anecdotes plus ou moins cocasses, et relatives à la sexualité notamment. En effet, la sexualité des femmes est déjà un sujet tabou. Alors la sexualité des femmes en situation de handicap…n’en parlons pas !

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Un commentaire

  1. Bonjour Lydie, bonjour à toutes !!
    Je me suis régalé avec votre article et mes zygomatiques ont effectué de la gymnastique !!
    Les préjugés sont terribles !!
    J’ai créé Le Jardin de Prunelle, gîte spécifique pour personnes handicapées (tous les types de handicaps) et on m’a pris pour un fou. On me prend encore de temps en temps pour un rêveur, un illuminé…sauf que ce lieu de vacances compte plus de 90% de personnes handicapées dans ses vacanciers, mâles et femelles confondus. Et, souvent, on ne les remarque pas au 1° coup d’oeil…qu’ils soient autistes, aveugles ou autres…Bien sur, un fauteuil, ça se remarque plus vite qu’un aveugle sans canne ni lunettes noires…Mais ce gîte fait l’unanimité sur la détente, la relaxation, le repos et le plaisir des vacances.
    Là où je veux en venir, c’est juste pour vous dire que la plupart de mes collègues ne veulent surtout pas recevoir des fauteuils…ils ont trop peur pour leur table basse en verre, les derniers rideaux à la mode et les angles de meubles ou les passages de portes !!
    Les questions qui me sont posées tiennent parfois du délire !!
    « Tu n’as pas trop de dégâts? » Non, moins qu’avec des enfants de 5 ans en vacances !!
    « Ils cuisinent eux-mêmes ? » Oui, même les aveugles, ils ne sont pas manchots !!Le barbecue aussi est prévu pour les fauteuils…
    « Ils viennent avec leur véhicule ? » Oui, même certains aveugles qui ont leur propre véhicule…mais ne conduisent pas !!
    « Les chiens ne salopent pas tout ? » Un chien d’éveil, un chien d’assistance sont des bêtes parfaitement éduquées qui sont au « travail » en permanence mais ont aussi besoin de jouer, de courir, de dormir et de recevoir des câlins, mais elles ne montent jamais sur les lits, les fauteuils, les canapés et ne se baignent pas dans la piscine du gîte !! Bien sur, lorsqu’il pleut, ça sent le chien mouillé, et alors ?

    Bref, des questions à la con que je traite avec humour, j’ai 61 ans et j’en ai entendu bien d’autres !!

    Continuez à vivre comme vous désirez que soit votre vie, gardez votre humour et vos envies, tous mes voeux pour 2015 !!
    Si jamais vous passez pas loin du Puy du Fou, appelez moi, vous avez mon n° sur le site, et des photos, bien sur. Si jamais vous voulez comparer au jour d’aujourd’hui les réservations du jardin de Prunelle par rapport à un même gîte non labellisé « tourisme et handicaps », croyez bien que le fou fait bien des envieux chez ses collègues !! Nous n’avons pas tous les mêmes valeurs…encore moins les mêmes regards.

    Bee Happy!!

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