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« Devotees » : Quand handicap rime avec… fétichisme !

Photo : Pixabay

Les médias se posent souvent cette question du désir et de l’amour « malgré le handicap », expression par ailleurs ô combien ridicule et réducteur pour l’individu dans son ensemble. Mais que penser du fait d’être aimé pour son handicap en particulier, voire exclusivement ? Lydie Raër s’est penchée sur le cas de « devotees », ces individus ayant un très fort attrait pour les personnes en situation de handicap.

Cet article a été initialement publié sur le blog Porte-jarretelles et wheelchair. Nous le reproduisons ici avec l’aimable autorisation de l’auteure.

Lorsque j’ai participé au projet photographique « Elles » , j’ai découvert le terme de devotees.

En effet, des photographies d’une femme amputée d’une jambe, qui participait au projet, avaient atterri sur une page internet destinée aux personnes devotees, c’est-à-dire des personnes qui éprouvent un fort désir sexuel pour les personnes en situation de handicap.

D’après mes différentes lectures de sites anglo-saxons (il n’y a pas énormément de ressources sur ce sujet sur les sites francophones), les personnes amputées des jambes sont celles qui rencontrent le plus de succès auprès des devotees. Ces derniers peuvent aussi bien être des hommes que des femmes. Néanmoins, les personnes dont le corps est déformé (de petite taille notamment), qui boitent ou bien qui se déplacent en fauteuil roulant intéressent également les devotees.

Pour ne pas parler à la place de ces personnes, je me permets de copier un extrait d’article provenant du blog tenue par une femme devotee, où l’auteure évoque sa préférence sexuelle :

Pour ma part, j’ai l’impression d’être née comme ça. Mais je n’ai su mettre un mot sur ce que je ressens que vers 20 ans. Déjà petite, je ne concevais pas de jouer avec mes poupées sans que l’une d’elles soit handicapée (dans mon jeu). D’ailleurs je répondais souvent qu’il n’y a pas d’histoire avec les gens « normaux ». Puis en grandissant, j’ai commencé à prendre conscience que les garçons handicapés, ou plus particulièrement en fauteuil roulant, m’intriguaient. Et puis un jour, il faut se l’avouer, les hommes en fauteuil roulant me font de l’effet.

Bien qu’étant ouverte d’esprit en matière de sexualité, je dois admettre que cela m’a laissée perplexe. Imaginer que des personnes puissent être attirées sexuellement par moi uniquement du fait de mon handicap me dérangeait.

De nature curieuse, j’ai continué mes recherches sur Internet. Ainsi, en écrivant « disabled women devotees » sur mon moteur de recherches, je suis tombée sur des vidéos d’apparence non sexuelles, non pornographiques publiées par des personnes devotees. J’ai notamment découvert une chaîne Youtube intitulée « Disabled person video« . On y voit une femme paraplégique se masser les pieds, une femme amputée d’une jambe prenant des poses lascives sur un canapé, une femme aux pieds déformés boitant dans une station de métro, une femme probablement paraplégique en train de se transférer dans une piscine.

Bref, this is funking weird !

Comment peut-on être excité(e) par de telles vidéos ?

Tout d’un coup, j’ai eu un moment de paranoïa. Et si on m’avait filmée ou photographiée (ou volé une photographie personnelle sur Facebook) à mon insu, lorsque je sortais d’un bassin de natation par exemple ? Et si j’étais sur un site de devotees ?

En effet, quelques femmes ont, sans le savoir, des vidéos ou des photographies d’elles sur de tels sites Internet. J’ai d’ailleurs entendu parler de femmes amputées s’étant fait suivre par des hommes qui les photographiaient.

Il se trouve que je ne suis pas la seule femme en situation de handicap qui s’interroge sur le sujet. J’ai découvert par hasard un reportage réalisé par la Britannique Emily Yates. Son travail a confirmé ce que j’avais cru comprendre, à savoir que les personnes devotees ressentent du l’excitation sexuelle non pas en regardant des femmes ou hommes handicapées faire l’amour « classiquement », être des individus sexués, mais bien en les observant dans la vie de tous les jours lorsqu’ils se retrouvent en difficulté du fait de leur situation de handicap. Ainsi, les devotees aiment regarder une personne en fauteuil roulant se transférer avec difficulté de son fauteuil à sa voiture, une personne paraplégique peinant à passer la serpillère, voire tout simplement avoir du mal à marcher, à monter des escalier…

Pour parler de ma situation, je n’arrive pas à comprendre comment une personne pourrait être par exemple excitée à l’idée de me voir marcher (en boitant), porter mon fauteuil roulant et le mettre dans le coffre de ma voiture. Cela me met terriblement mal à l’aise car l’attrait résulte de ce qui nous manque (une jambe, de la force musculaire, de l’équilibre), de ce qui rend notre quotidien compliqué, voire de ce qui nous rend dépendant. Comment peut-on trouver cela excitant ?

THIS IS CREEPY !

Comme je l’ai précédemment évoqué, je suis de nature ouverte sur le sujet. Je connais notamment des personnes qui pratiquent une forme de fétichisme, le sadomasochisme, et cela est bien loin de me choquer. Il s’agit d’une pratique sexuelle très intellectualisée, à laquelle les personnes qui y prennent part consentent et posent des limites.

Voilà peut-être bien le nœud de la guerre. Le consentement.

Lorsqu’une personne en situation de handicap se retrouve être le sujet de fantasmes d’une personne devotee, elle n’y consent pas (à moins d’avoir un(e) partenaire lui ayant avoué sa « préférence » sexuelle) et n’en a même pas forcément la connaissance.

Je l’avoue, j’ai du mal à comprendre dans quel contexte ont été prises certaines vidéos des sites de devotees circulant sur Internet (notamment celle de la femme paraplégique qui passe la serpillère).

Pour conclure, je conseille juste aux personnes susceptibles d’intéresser les devotees de veiller aux vidéos et photographies d’elles circulant sur Internet ;).

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A propos de Lydie Raer

Lydie Raër a 22 ans. Elle est étudiante en droit de la santé. Lydie est atteinte d’ostéogénèse imparfaite, plus communément appelée « maladie des os de verre ». Elle dit n’avoir jamais été freinée par sa pathologie. Ainsi, vit-elle de manière totalement autonome (elle va à la fac, elle a passé son permis, elle fait de la natation, de la musique, elle a une vie sociale, affective et sexuelle qui lui convient parfaitement). Néanmoins, plus Lydie avance en âge plus elle constate que beaucoup de personnes véhiculent un nombre incommensurable de préjugés à l’égard des personnes en situation de handicap, notamment en ce qui concerne leur vie affective et sexuelle. Ainsi, selon un sondage réalisé par l’IFOP en 2006, 61% des personnes interrogées pensent que les personnes handicapées n’ont pas de vie sexuelle. Mieux encore, 87% des Français interrogés pensent que vivre en couple avec une personne en situation de handicap nécessite du courage. C’est la raison pour laquelle Lydie Raër a décidé de créer un blog en février dernier, dénommé « porte-jarretelles & wheelchair » où elle évoque des anecdotes plus ou moins cocasses, et relatives à la sexualité notamment. En effet, la sexualité des femmes est déjà un sujet tabou. Alors la sexualité des femmes en situation de handicap…n’en parlons pas !

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