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Témoignage : De la Tribal Fusion en fauteuil avec Hazel

Après avoir essuyé quelques refus, Lydie a fini par trouver une classe de danse ouverte aux personnes en situation de handicap à Rennes : la danse orientale Tribal Fusion avec Hazel. Elle raconte comment cette femme et ses cours ont changé le regard qu’elle porte sur elle-même.

Danser en fauteuil roulant ?

En septembre 2015, mes roues ont franchi le seuil de la classe de Hazel, professeure de danse orientale Tribal Fusion. Apparu dans les années 1960 en France, le Tribal Fusion a été codifié par Jamila Salimpour, professeure de danse orientale classique puis par une de ses élèves, Carolena Nericcio. Majoritairement issu de l’ATS (American Tribal Style Bellydance), le Tribal Fusion emprunte des techniques et des motifs à d’autres danses traditionnelles telles que le flamenco, la danse indienne mais également des danses plus modernes comme par exemple le hip-hop ou bien la danse contemporaine.

Alors que je peinais à trouver une association de danse ouverte aux personnes en situation de handicap, un camarade dont la compagne pratique le Tribal Fusion m’a informée qu’une professeure de danse qui m’accepterait probablement dans sa classe. Ignorant l’existence de cette danse, j’ai recherché sur Internet des vidéos de danseuses (et danseurs) et je me suis décidée à m’inscrire dans la classe de Hazel, qui m’a vraiment bien accueillie.

Une professeure passionnée

Hazel, qui enseigne la danse depuis dix ans – rejetée dans ce milieu enfant car jugée à l’époque « trop grosse », raconte-t-elle – a appris à se réconcilier avec son corps quelques années plus tard, dans l’adolescence, grâce à une professeure de danse classique. Après le départ de cette professeure, Hazel enchaîne une période en dents de scie, où elle pratique la danse par intermittence. À l’âge de 22 ans, elle débute la danse orientale classique. C’est la révélation. Hazel a le sentiment de « redécouvrir quelque chose de connu ». Elle suit des cours pendant un an mais trouve rapidement les mouvements « hyper faciles ».

Alors qu’Hazel danse dans un salon de thé depuis deux ans, le directeur de l’établissement lui offre un DVD intitulé « Bellydance Superstars », où figure notamment Rachel Brice, une célèbre danseuse états-unienne de Tribal Fusion. C’est le déclic pour Hazel, qui compare cette dernière à une « déesse, une créature ». Elle est impressionnée par les costumes ainsi que par le « côté femme forte et assumée ». Pendant deux ans et demi, elle regarde tous les soirs des vidéos de danseuses et danseurs de Tribal Fusion.

Incitée fortement par sa mère, Hazel commence à enseigner le Tribal Fusion en 2008. Ne se sentant que « vraiment prof, légitime » depuis deux ou trois ans, elle continue de se former : « le fait de transmettre [lui] permet d’apprendre mieux« . Ce métier, qui est une vocation depuis ses cinq ans, lui donne l’opportunité de « voir des femmes se transformer, s’épanouir, devenir magnifiques ».

De l’art d’adapter la danse à chacun

En plus d’être une danseuse talentueuse, Hazel est une belle personne, humainement parlant. En effet, comme je l’indiquais précédemment, avant de rencontrer Hazel, je me suis heurtée à quelques refus de professeurs de danse. Arguant de n’être pas formés en « handicapie », ils préféraient que je n’intègre pas leur classe. Ce fut la douche froide. C’était la première fois que l’on me refusait l’accès à une activité à cause de mes roulettes !

Alors que la danse Tribal Fusion n’a encore jamais été « adaptée » aux personnes en situation de handicap, Hazel m’a accueillie dans sa classe, ainsi qu’un jeune homme atteint d’infirmité motrice cérébrale. De plus, une professeure qu’elle a elle-même formée a également pour élève une jeune femme atteinte de trisomie 21. Nous avons tous les trois participé au spectacle de danse de fin d’année, en juin dernier. Bien que nos handicaps respectifs peuvent limiter nos mouvements, notre coordination ou bien notre capacité de concentration, je suis intimement convaincue que chaque difficulté peut être dépassée, voire devenir une source de création.

Hazel reconnaît évidemment que travailler avec des danseurs en situation de handicap engendre plus de travail, ce qui peut effrayer certains professeurs. Néanmoins, cela ne la dérange pas, bien au contraire. Ainsi, elle se souvient d’un spectacle, qui a eu lieu dans un établissement médico-social accompagnant des adultes en situation de handicap mental. Ce spectacle a été une de ses meilleures prestations. En effet, le public s’est mis à danser et Hazel a trouvé cela « hyper poignant », constatant que la danse est un très bon moyen pour communiquer avec ce type de public.

Je ne pense pas qu’un diplôme ou une formation quelconque soit nécessaire pour enseigner la danse (ou n’importe quel autre art) à un public spécifique comme les personnes en situation de handicap. La bienveillance et la curiosité me semblent être les qualités essentielles. Pour ma part, je remercie Hazel qui me permet progressivement d’appréhender mon corps, d’accepter de le regarder dans une glace… et tout simplement de m’amuser, de lâcher prise. De cesser de réfléchir à ce que les autres pensent de moi.

Photos : Hazel par JG Normophobe

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A propos de Lydie Raer

Lydie Raër a 22 ans. Elle est étudiante en droit de la santé. Lydie est atteinte d’ostéogénèse imparfaite, plus communément appelée « maladie des os de verre ». Elle dit n’avoir jamais été freinée par sa pathologie. Ainsi, vit-elle de manière totalement autonome (elle va à la fac, elle a passé son permis, elle fait de la natation, de la musique, elle a une vie sociale, affective et sexuelle qui lui convient parfaitement). Néanmoins, plus Lydie avance en âge plus elle constate que beaucoup de personnes véhiculent un nombre incommensurable de préjugés à l’égard des personnes en situation de handicap, notamment en ce qui concerne leur vie affective et sexuelle. Ainsi, selon un sondage réalisé par l’IFOP en 2006, 61% des personnes interrogées pensent que les personnes handicapées n’ont pas de vie sexuelle. Mieux encore, 87% des Français interrogés pensent que vivre en couple avec une personne en situation de handicap nécessite du courage. C’est la raison pour laquelle Lydie Raër a décidé de créer un blog en février dernier, dénommé « porte-jarretelles & wheelchair » où elle évoque des anecdotes plus ou moins cocasses, et relatives à la sexualité notamment. En effet, la sexualité des femmes est déjà un sujet tabou. Alors la sexualité des femmes en situation de handicap…n’en parlons pas !

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