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Cinéma : Me Before You, une histoire d’amour pas si légère que ça

- Cover-Dressing - Magazine Mode et Handicap

Sorti en juin dernier, le film « Avant toi » (ou « Me Before You » en version originale) est une adaptation du roman de Jojo Moyes. Une histoire d’amour comme les autres si ce n’est qu’elle a l’audace d’aborder la question du suicide assisté. Attention, spoilers !

Synopsis

Louisa (Emilia Clarke, alias Daenerys Targaryen dans la série « Game of Thrones »), jeune fille un peu excentrique, vient de prendre son travail. Pour aider sa famille, et alors que son père est sans emploi depuis un certain temps, elle doit rapidement trouver un nouveau poste. Elle postule alors à une offre que lui propose l’agence pour l’emploi : une mère à la recherche une personne aidante pour son fils tétraplégique, William (Sam Claflin).

Ancien trader, William est issu d’une famille aristocrate et aujourd’hui chez ses parents, dans un château. William méprise la vie qu’il mène depuis son accident, la considérant comme sans intérêt puisque ne pouvant correspondre à ce qu’il attendait. Le contraste entre les deux personnages est évident et pas seulement en raison du handicap. Après une grande période d’apprivoisement réciproque, se crée entre les deux personnages principaux un lien affectif et amoureux qui va bien au-delà de la relation professionnel.

Le handicap

Il est étonnant de voir que Lou (Louisa) n’a besoin d’aucune qualification pour devenir ce que l’on pourrait nommer « auxiliaire de vie sociale ». Elle n’a que sa bonne volonté à faire valoir, mais on comprend très vite que la maman de Will a beaucoup de difficultés à trouver une personne qui accepte ce travail et qui n’abandonne pas dès premier jour. On ne demande pas à Lou de faire des gestes techniques (comme la toilette, par exemple) mais elle est quand même amenée à administrer ses médicaments à Will, à lui donner à manger… L’histoire se déroule en Angleterre, peut-être les choses y sont-elles différentes ?

La première scène où l’on voit Will, celui-ci surjoue le cliché de l’handicapé la bave aux lèvres et n’ayant pas toute sa tête. Qui en tant que personne handicapée n’a jamais joué les idiots ou accentué son handicap ? Ce que Will cherche avant tout, c’est à choquer. Il est désagréable, hautain et méprisant. Bref, toute la panoplie de l’individu qui souhaite mettre des barrières entre lui et les autres. Son handicap l’a-t-il rendu comme cela ? J’en doute fortement. En tout cas, le problème ne vient pas uniquement du handicap lui-même. Après tout, il est tout à fait possible d’être handicapé et aussi bête ou méchant, sans qu’il n’y ait corrélation entre les deux ! L’opposition entre sa vie d’avant et d’après est symbolisé par des photos le représentant pratiquant des sports extrêmes ou par la visite de ses amis : l’opposition est claire et assumée puisque il renie sa vie en tant que tétraplégique. Il est rare que ce genre de choix soit scéniquement si marqué et assumé et pas juste sous-entendu.

L’histoire d’amour

Ce film est avant tout une romance. Un film romantique avec toutes les caractéristiques propre au genre : ponctué de petites niaiseries, larmoyant, parfois cliché. Si le film a fait parler de lui au moment de sa sortie, c’est en partie parce qu’on lui a reproché de donner une image triste et pathétique du handicap? Une histoire où la gentille aidante serait là pour sauver le pauvre handicapé. On ne peut ignorer le cliché du l’aidant cherchant à donner le sourire à son riche employeur handicapé, tout comme d’autres stéréotypes dans la majorité des films de ce genre. Il faut dire que les codes relativement figés des films romantiques ne laissent que peu de place à l’originalité.

Ce qui a aussi beaucoup choqué, c’est le dénouement du film. Will n’étant pas satisfait de la vie qu’il a, il souhaite organiser son suicide médicalement assisté. Est-ce que cela veut dire qu’il vaut mieux être mort qu’handicapé ? Certains le pensent effectivement, lorsqu’ils y sont confrontés. Et ils en ont le droit. La question du suicide assisté – qui est interdit en France – est une question d’éthique et de morale beaucoup trop complexe pour être traitée globalement. Chacun peut ou non l’accepter. Ce que ce film montre, c’est que chacun réagit différemment face aux événements de la vie et ce n’est pas parce que certains ne supportent pas de devenir handicapé que les autres en sont pour autant « courageux » ou qu’ils ne peuvent pas être heureux. Chacun fait ce qu’il peut avec ce qu’il est.

Le risque de l’amalgame

Peut-être les critiques de certains exprimaient-elles leur peur que les valides, en voyant ce film, aient le réflexe de faire des amalgames et de considérer le handicap comme une sentence de mort sociale ? Je n’en suis pourtant pas convaincue car, même si c’est loin d’être suffisant, on voit aujourd’hui le handicap au cinéma dans différentes histoires, avec des points de vue variés. Ça permet de ne pas oublier que même en tant que personnes handicapée, nous sommes tous différents, que nous réagissons différemment et que nous avons des parcours de vie différents… Que nous sommes des individus uniques, comme tout le monde. Et puis, il y a beaucoup de scènes où la réalité du handicap au quotidien apparaît. Cellee où Lou comprend que non, Will ne guérira pas. Celle où le père de Lou s’apprête à serrer la main de Will avant de se rendre compte de l’incongruité de son geste. Et ce moment, si familier, où le fauteuil de Will s’enlise sur un parking plein de boue.

On peut ou non aimer ce film, comme on peut généralement apprécier ou non les histoires romantiques. Il n’en reste pas moins que je trouve dommage de crier au scandale quand est abordé le choix du personnage principale, alors qu’il n’est après tout que ça : un personnage (parmi tant d’autres), une personne (fictive), une histoire (unique). A vrai dire, on peut même considérer assez courageux, pour un film à l’eau de rose, de ne pas faire triompher l’amour mais bien la volonté propre du personnage principal, comme le préfigurait le titre original. Ce qui triomphe, qu’on le cautionne ou non, c’est donc le choix du personnage handicapé et de personne d’autre. Ce qui peut déranger, par contre, c’est que ce rôle soit encore une fois joué par une personne valide…

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A propos de Douce barbare

Je m’appelle Circé, mais mon nom de plume est Douce barbare. Ce nom exprime les contradictions qui font de moi ce que je suis. J'ai 33 ans, une sclérose en plaques et je me déplace en fauteuil roulant. Je suis éducatrice de jeunes enfants de formation, métier que j'ai dû arrêter suite à mes problèmes de santé. Je partage aujourd’hui ma vie entre la pratique de l’handi-escrime à haut niveau et l'écriture d'articles pour mon blog et Cover-Dressing.

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