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Cinéma : Grand Corps Malade se raconte dans Patients

Patients - Cover-Dressing - Magazine Mode et Handicap

Il y a une dizaine d’années, Grand Corps Malade a débarqué comme un ovni sur la scène musicale française, avec sa voix profonde, ses slams drôles ou mélancoliques… et son inséparable béquille. « Patients » raconte son histoire, celle d’un grand corps qui doit réapprendre à vivre.

« Patients » est le premier film de Mehdi Idir et du slameur Grand Corps Malade, librement adapté de l’autobiographie éponyme de ce dernier. Sorti le 1er mars et toujours dans les salles, cette comédie dramatique met délibérément en scène des acteurs inconnus du grand public.

Une histoire de handicap sans fard

Je vous ai parlé de différents films où le handicap apparaissait mais celui-ci n’en était finalement que rarement le sujet principal. Il était la caractéristique d’un personnage (Forrest Gump), l’explication d’une situation (En Equilibre), l’arrière-fond du thème évoqué (Une merveilleuse histoire du temps). Ici, le handicap est le sujet. Dans « Patients », on suit l’histoire de Ben (interprété par Pablo Pauly), le personnage principal, à partir du moment où il ouvre les yeux, couché sur un brancard dans le service d’urgence d’un hôpital, suite à un grave accident. Un des soignants demande à haute voix : « A qui il est, ce tétra ? » .

On plonge alors immédiatement dans l’univers peu connu du monde médical vu par un patient. On le voit à travers ses yeux, alors même que son monde s’arrête au seul bout de plafond qu’il arrive à apercevoir. On le voit aussi avec tous ces tuyaux qui lui permettent de respirer, d’être nourri et surveillé (pouls tension, etc…). Puis surtout, on assiste à son départ pour le centre de rééducation. C’est dans cet endroit que va se passer la majorité du film.

Comme un air de documentaire

Il s’agit d’un film mais ce qu’il raconte est basé sur des faits réels, sûrement simplifiés voir édulcorés mais néanmoins bien réels. On suit l’histoire de Ben mais, à travers lui, on va aussi découvrir toutes les autres personnes vivant dans ce centre de rééducation. Au début, Ben est cloué dans son lit, totalement dépendant de ces personnes qui parfois l’oublient – à l’instar de Jean-Marie, l’aide soignant qui arrive le matin, ouvre tous les volets en grand, parle à Ben à la troisième personne et ne prend pas le temps d’écouter ce qu’il pourrait avoir à dire ou ce dont il aurait envie (changer de chaîne télé ou se réveiller dans la pénombre).

Petit à petit, Ben progresse et obtient le droit d’utiliser (grâce à ses progrès physiques) un fauteuil roulant électrique ce qui agrandit grandement son périmètre de vie. Il travaille en salle de kiné, utilise la table qui permet de se verticaliser, réapprend à manger avec une fourchette adaptée. On suit tous ses progrès, ses combats mais aussi ceux de tous les autres.

Puzzle humain et histoire collective

Ces autres patients que l’on croise ont tous un parcours différent : cartains ont perdu la mémoire, sont tétraplégiques complets, paraplégiques depuis le plus jeune âge ou suite à un accident, d’autres sont là après avoir essayé de mettre fin à leurs jours. C’est certainement l’aspect du film que je trouve le plus fort : ce patchwork humain où l’interaction sociale devient la seule manière de « tuer le temps » alors que la vie se réduit à une chambre, des couloirs, un réfectoire et une salle de kiné.

Ben rencontre même une fille, avec laquelle une histoire pourrait commencer. Mais comment aimer une personne avec ses blessures et ses faiblesses, alors que supporter les siennes est déjà un combat ? Un des personnages l’explique d’ailleurs très bien : dans ce centre, il a trouvé un fauteuil adapté, un lit adapté, des couverts adaptés mais pas d’espoirs adaptés. Parce que c’est bien là, le plus gros enjeux quand le corps avec lequel vous avez grandi n’est plus. Il n’y a pas de faux semblants, de jugements, de phrases à l’emporte pièce. Il y a juste la réalité de personnes qui continuent à vivre mais pour qui rien n’est simple, ni gagné d’avance.

Un casting de valides qui peut faire grincer des dents

Les acteurs principaux sont tous valides dans la vie ; leur jeu est juste, en particulier celui de Pablo Pauly. Le fait qu’un des metteurs en scène (Grands Corps Malade) parle de son propre vécu y est certainement pour quelque chose. Il s’agit d’un film sur les handicapés, fait par un handicapé… mais joué par des valides. Dans une interview les deux metteurs en scène expliquent que le casting a eu lieu sans tenir compte du handicap. Ils cherchaient avant tout une personne qui puisse correspondre au rôle et le handicap n’est pas la seule caractéristique du personnage principal. Ils ont également déclaré que peu d’acteurs handicapés s’étaient présentés. Peut-être que ce rôle en particulier ne parlait-il pas à la plupart des acteurs en situation de handicap. Dommage. En revanche, il est toutefois intéressant de noter que les rôles de figuration ont été tenus par les véritables patients du centre de rééducation où a été tourné le film.

Ce film m’a touchée, je l’ai trouvé juste même s’il n’est pas parfait et ne pourra certainement jamais être fidèle à la souffrance et la réalité d’un accident. Il est facile d’accès, plein d’humour et il montre une réalité que ne connaissent souvent que les gens qui y ont été confrontés.

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A propos de Douce barbare

Je m’appelle Circé, mais mon nom de plume est Douce barbare. Ce nom exprime les contradictions qui font de moi ce que je suis. J'ai 33 ans, une sclérose en plaques et je me déplace en fauteuil roulant. Je suis éducatrice de jeunes enfants de formation, métier que j'ai dû arrêter suite à mes problèmes de santé. Je partage aujourd’hui ma vie entre la pratique de l’handi-escrime à haut niveau et l'écriture d'articles pour mon blog et Cover-Dressing.

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Un commentaire

  1. Merci Circé pour toutes ces découvertes. Il me faut trouver « Indésirables ».

    J’ai vu et réèllement apprécié « Patients ». Vu, écouté et ressenti avec mon regard de « valide » (on dit comme ça, ou bien plutôt inhandicapé ?). L’envie, cette étincelle qui nous forge, nous fait progresser, nous fait grandir : c’est ça pour moi qui fait la force de ce film. L’envie qui aide tous les blessés du film, l’envie de rire et de de déconner (« les mecs, attendez-moi, je n’ai pas de fauteuil électrique » – « Ah beh fallait être tétra ! »), l’envie de progresser pour ceux qui peuvent (car dans ce film, il y a ceux qui progressent, se rétablissent un peu, et les autres), l’envie d’aimer (l’histoire d’amour interrompue pourrait tout aussi bien être une histoire d’amour de jeune adulte qui, simplement, ne parviennent pas à se mettre au même diapason).

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