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« Bruno et ses potes » parle de l’accessibilité pour tous

Dans son troisième épisode, la web-série Bruno et ses potes aborde la thématique de l’accessibilité et revient sur le report de la loi du 11 février 2005. Aujourd’hui, où en est-on de « l’accessibilité pour tous » ?

Loi du 11 février 2005 devait assurer « l’égalité des droits et des chances des personnes handicapées » dans un délai de 10 ans. Elle prévoyait notamment l’accessibilité des administrations, des transports, des commerces et des habitations. Mais, en 2014, l’échéance du volet « accessibilité » de la loi a été reporté de plusieurs années, entre 3 et 9 ans selon le type de bâtiment.

Tarik Ben Salah, réalisateur de la web-série « Bruno et ses potes », et Mathieu Mienné, acteur en fauteuil roulant (et membre de l’équipe Cover Dressing), nous expliquent pourquoi, plus de 10 ans après la validation de la loi, l’accessibilité reste toujours un enjeu majeur pour les personnes en situation de handicap.

Cover Dressing : Tarik, pourquoi avoir choisi la thématique de l’accessibilité pour ce nouvel épisode de « Bruno et ses potes » ?

Tarik Ben Salah : C’est un sujet qui fait débat. Ce devrait être réglé au regard de la loi du 11 février 2005, mais beaucoup d’institutions et d’entreprises, du fait que cette loi imposait l’accessibilité dans 10 ans sans avoir prévu le financement, n’ont pas joué le jeu. Et faute de moyens financiers, elles n’ont pas fait les travaux nécessaires. Je pense que les personnes confrontées au problème lié à l’accessibilité en ont marre d’être prises pour des guignols. Leur voix n’est pas écoutée et leur demande n’est pas traitée. A travers cette web-série, je souhaite donner la parole à ceux qui sont concernés et à non ceux qui parlent à leur place. Il y a un grand, un énorme décalage entre les personnes handicapées et les élus. Il y a des choses qui ont été faites, mais quand je vois certaines choses, comme par exemple des grandes croix jaunes placées aux arrêts de bus pour marquer l’emplacement pour les gens en fauteuils ou autres… C’est bien mais quand je vois aussi qu’il n’y a pas d’abri, c’est juste moyen. C’est aussi dommage qu’on ne trouve que très peu de pictogrammes pour aider les gens qui ne savent pas lire, comme Bruno.

CD : Mathieu, le manque d’accessibilité représente-t-il un frein dans ta vie quotidienne et dans tes interactions sociales ?

Mathieu Mienné : Bien entendu. Par exemple, le centre des impôts proche de chez moi n’est pas accessible. Si j’ai un souci, je dois tout régler par téléphone ou espérer qu’un agent se déplace a mon domicile ! Autre exemple, quand je veux faire un resto ou une sortie avec ma chérie, je me dois d’appeler avant pour vérifier l’accessibilité du lieu et parfois, même avec un coup de téléphone, on a des surprises ! Le dernier en date est un restaurant du centre-ville d’Angers qui m’a validé son accessibilité et qui, au final, a fait sortir son chef des cuisines pour me faire rentrer dans le restaurant grâce a des bastaings sur les 4 ou 5 marches de l’entrée… La seule chose accessible dans ce restaurant était la machine a carte bleue !

CD : Dans cet épisode, lorsque tu arrives chez Bruno, tu émets quelques critiques concernant l’accessibilité son appartement. C’est un problème auquel tu es souvent confronté ?

MM : Assez souvent oui, il m’arrive souvent d’aller chez des amis, où je ne pourrai pas aller aux toilettes. Et même en centre-ville, trouver ne serait-ce que des WC accessibles peut être une vraie galère. Merci jaccede.com d’ailleurs : ils m’ont sauvé plusieurs fois !

CD : Quel regard portes-tu sur le report de cette loi sur l’accessibilité ?

MM : On a l’impression de ne pas exister, ne pas pouvoir gérer sa vie comme on le souhaite, simplement à cause du bâti : c’est insupportable ! Devoir choisir un restaurant non pas pour sa cuisine mais pour ses WC, devoir choisir un camping non pas pour le lieu et l’ambiance mais pour ses douches, devoir choisir une salle de ciné non pas pour le film mais pour ses places, etc… Pas mal de mes amis « valides » m’avouent qu’ils ne pourraient pas… Nous, on ne nous le demande pas, on nous l’impose.

CD : As-tu l’impression que certains efforts ont tout de même été fait ces dernières années, concernant l’accessibilité des lieux publics ?

MM : Oui, ça avance ! Je pense notamment à certains endroits sur Rennes (le métro est accessible, par exemple). Je terminerai par un petit mot pour nos amis entrepreneurs, maires et élus divers : les personnes handicapées sont des client(e)s aussi. Voyez-nous comme des participants à l’économie et au tourisme, à la vie de vos magasins, communes et régions !

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