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Billet d’humeur : Miss Monde en fauteuil roulant, une arnaque en matière d’inclusion ?

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Le 7 octobre dernier s’est tenue la première élection de Miss Monde en fauteuil roulant. C’est la Biélorusse Alexandra Chichikova qui a gagné le titre, dans la capitale polonaise, Varsovie, à l’issue d’une soirée au cours de laquelle les vingt-quatre candidates ont défilé.

Cet événement, qui se veut inclusif en « changeant l’image des femmes en fauteuil roulant, pour qu’elles ne soient pas définies à travers cet attribut » (d’après Katazyna Wojtaszek-Ginalska, co-fondatrice de l’événement et co-présidente du jury) est peut-être, après réflexion, assez stigmatisant. De prime abord, nous pouvons nous réjouir que ce genre d’initiatives mette en lumière la diversité, en montrant que le handicap ne constitue pas un frein à la beauté, à ce que certains appellent la « féminité ».

Néanmoins, dans un premier temps, je suis tentée de dire que ce type de concours de beauté est stigmatisant. Ce n’est effectivement pas la première fois qu’un concours de beauté classe les candidates en fonction de ce qui les rend différentes, hors-norme. Ainsi, le concours Miss-Ronde est destiné aux femmes considérées par la société comme trop grosses et il existe même un concours Miss Black pour les femmes noires ! Les femmes trop estropiées ne sont donc pas en reste et ont le droit à leur concours elles aussi, qui existe en France depuis 2013 sous le nom de Miss handi France. Cela ne vous choque-t-il pas ?

La beauté n’est-elle pas sensée être plurielle ?

Ce type de catégorisation me rappelle une phrase que l’on m’a dite une fois : «  Tu es bien jolie pour une handicapée ! » . J’ai l’impression que cette séparation, selon que les personnes soient maigres ou grosses, noires ou blanches, handicapées ou bipèdes « normalement constituées », valide ce type de discours. Ainsi, la nouvellement élue Miss monde sur roulettes, Alexandra Chichikova, bien belle pour une handicapée, ne serait jamais en mesure d’être en concurrence avec une personne valide ? Que prouve ce type de concours si ce n’est la réticence à casser les codes de la beauté, pour mieux replonger dans une labellisation systématique des individus ?

Contrairement au sport, où une différenciation est nécessaire dans le Handisport en fonction de limitations physiques de chacun, les concours de beauté, où le seul effort physique demandé est le défilé (qui peut se faire sur roulettes!), ne devraient, à mon sens, ne pas différencier les candidates selon leur poids, leur couleur de peau, leur handicap, voire leur âge (il existe aussi le concours de la Super Mamie !).

Dans un deuxième temps, nous pourrions nous questionner sur le bien-fondé de ces concours. Franchement, je n’ai jamais compris l’intérêt du concours Miss France et des concours de beauté en général. Ne sommes-nous pas déjà oppressés par cet esprit de concurrence omniprésent dans notre quotidien (à l’école, au travail, au sport…) ? Je pense que la compétition peut-être intéressante lorsqu’elle nous permet de nous dépasser (et pas d’écraser notre camarade d’à côté). Je pense que la compétition, les concours sont justifiables uniquement lorsque les candidats accomplissent quelque chose comme cela peut-être le cas avec les compétitions sportives ou bien encore les concours de musique.

Cependant, nous ne méritons pas notre apparence physique. Elle est due à un aléa, à nos gênes. Il n’y a, selon moi, aucun mérite à être belle ou beau. C’est la raison pour laquelle je lève les yeux aux ciel lorsque j’entends parler du concours Miss France. Ce concours m’exaspère d’autant plus qu’il renforce les stéréotype de genre. Il donne le sentiment aux petites filles qu’elles ne doivent aspirer qu’à cela, à être jolies. Alors non, en tant que femme en situation de handicap féministe, portant un double stigmate (mon genre et mon handicap), je ne suis pas favorable à ces « Miss Handi France » et « Miss Monde sur roulettes ».

Certes, je sais à quel point il est essentiel de s’aimer, d’aimer son corps, notamment en prenant soin de lui (par une bonne hygiène de vie). Néanmoins, ce n’est pas parce qu’il est question de handicap que l’on doit oublier d’être vigilant sur les stéréotypes de genre. Non, une femme, handicapée ou non, ne se résume pas à son physique. Je ne veux pas que les petites filles en situation de handicap aient pour seul objectif dans la vie d’être belles. Je souhaite qu’elles soient en mesure de se dire : « Je veux accomplir cela afin de devenir cette personne ».

Enfin, alors que le gouvernement s’apprête à raboter sérieusement le montant de l’Allocation Adulte Handicapé pour les personnes en couple en prenant davantage en compte les revenus du conjoint (et donc les rendre financièrement dépendantes de ce dernier), je ne pense pas que le combat pour l’inclusion des personnes en situation de handicap se mène sur ce terrain des concours de beauté.

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A propos de Lydie Raer

Lydie Raër a 22 ans. Elle est étudiante en droit de la santé. Lydie est atteinte d’ostéogénèse imparfaite, plus communément appelée « maladie des os de verre ». Elle dit n’avoir jamais été freinée par sa pathologie. Ainsi, vit-elle de manière totalement autonome (elle va à la fac, elle a passé son permis, elle fait de la natation, de la musique, elle a une vie sociale, affective et sexuelle qui lui convient parfaitement). Néanmoins, plus Lydie avance en âge plus elle constate que beaucoup de personnes véhiculent un nombre incommensurable de préjugés à l’égard des personnes en situation de handicap, notamment en ce qui concerne leur vie affective et sexuelle. Ainsi, selon un sondage réalisé par l’IFOP en 2006, 61% des personnes interrogées pensent que les personnes handicapées n’ont pas de vie sexuelle. Mieux encore, 87% des Français interrogés pensent que vivre en couple avec une personne en situation de handicap nécessite du courage. C’est la raison pour laquelle Lydie Raër a décidé de créer un blog en février dernier, dénommé « porte-jarretelles & wheelchair » où elle évoque des anecdotes plus ou moins cocasses, et relatives à la sexualité notamment. En effet, la sexualité des femmes est déjà un sujet tabou. Alors la sexualité des femmes en situation de handicap…n’en parlons pas !

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2 commentaires

  1. Bonjour,

    Personnellement je pense que le concours Miss et Mister Handi France est surtout fait pour ce faire porte-parole, je pense que la beauté dans ce cas est secondaire le discours comptant plus que la beauté à mon sens.
    Etant moi-même Miss Handi France, je peux entendre et comprendre votre point de vue, sachez que tout les handicaps sont cependant accepter.
    Personnellement , j’essaie de mettre ce titre au profit de bonnes choses et tente avec de faire avancer les mentalités….mon but dans la vie n’est pas simplement « d’être belle »……je tente de faire ce que je peux pour redonner confiance aux personnes handis …….ceci non pas dans un but futile, mais utile car je suis persuadée quand changeant le regard que les personnes handis ont d’elle-même on pourra de fait faire évoluer les mentalités….. »en se changeant soi-même on peut changer le monde ». Je suis comme vous, je souhaite l’inclusion, je souhaite également que les revenus du conjoint soient neutralisés pour l’aah, je trouve honteux ce que ce gouvernement va faire concernant l’aah (d’ailleurs je suis moi-même concernée et ai fait ce que je pouvais pour tenter e faire reculer la décision), je trouve aussi honteux que le marché du travail ne soit pas plus adapté au handicap….et bien d’autres choses.
    Je pense que c’est plus dans le sens de l’acceptation de soi et du changement des mentalités qu’il faut voir les choses concernant ce genre de « concours » que comme une stigmatisation, enfin moi c’est comme cela que je vois les choses.
    Après j’entend et respecte votre point de vue.
    Cordialement.

  2. Et puis encore une fois, c’est réduire le handicap au fauteuil…

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