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Emploi, mode & handicap : Comment perçoit-on le handicap en entreprise ?

Comment voit-on le handicap dans la sphère professionnelle ? Quelles sont les difficultés auxquelles peuvent se heurter les travailleurs handicapées ? Quel rôle jouent l’apparence et la tenue vestimentaires dans la recherche d’emploi ? Interview d’Audrey Rouby, qui tient un blog dédié à l’insertion professionelle des personnes en situation de handicap.

Audrey Rouby est étudiante en DUT Gestion des Entreprises et Administrations mais aussi assistante de communication pour une association qui a pour mission de favoriser l’insertion professionnelle des personnes reconnues « Travailleur Handicapé ». Sur son blog, elle partage son expérience par rapport à la recherche d’emploi des personnes reconnues Travailleur Handicapé et apporte ses conseils.

portrait d'Audrey Rouby
Audrey Rouby, assistante de communication

Cover Dressing : Vous êtes vous-même en situation de handicap, pouvez-vous nous en dire plus sur vous ?

Audrey Rouby : J’ai 22 ans, une partie de mon handicap est une insuffisance pancréatique exocrine et la deuxième est un handicap moteur à la main et au poignet droits (perte de certaines fonctions). J’ai « découvert » le handicap lors d’un service civique à Cap emploi.

CD : Prouver que l’on est compétent, selon vous, est-ce que ça passe aussi par la tenue vestimentaire ou considérez- vous qu’elle est secondaire ?

AR : Lorsque l’on passe un entretien d’embauche, la première chose que l’employeur voit est la tenue vestimentaire du candidat. L’apparence, à ce moment là, est donc un enjeu important puisque c’est elle qui va en partie influencer dès le début l’avis de l’employeur. Il faut savoir que pour la plupart des recruteurs, la tenue vestimentaire et donc l’apparence reflètent votre personnalité et votre savoir-être.

CD : Y a-t-il selon vous des métiers impraticables pour une personne handicapée à cause de la tenue vestimentaires imposée ?

AR : Je ne pense pas qu’un métier ne puisse pas être exercé à cause de la tenue vestimentaire qu’il impose. En général, les restrictions suite à un handicap ne touchent que les côtés techniques du métier ou les conditions de travail (environnement, température, conduite…).

CD : Vous êtes-vous déjà sentie stigmatisée ou jugée dans l’entreprise du fait de votre handicap ? Si oui, à quelles occasions ?

AR : Pour ma part, je n’ai jamais ressenti de stigmatisation ou autre car j’ai toujours fait en sorte de m’adapter à chaque situation. Ce qui peut aussi être gênant, c’est le trop plein d’attention de l’entreprise. Il contribue à vous faire perdre le peu d’indépendance et de confiance en vous que vous avez. Il peut être encore plus compliqué pour un travailleur en situation de handicap de gérer un quotidien où il sera peut-être « trop » assisté, plutôt qu’un quotidien où il rencontrera quelques difficultés qu’il pourra dépasser. Bien évidemment, cela part toujours d’une bonne intention.

CD: La vision du handicap en entreprise a-t-elle évoluée selon vous ?

AR : Pour moi la vision du handicap a légèrement changé dans le sens où les grandes entreprises en ont un peu moins peur. Cependant, le handicap est très mal connu en dehors des établissements spécialisés et des entreprises sensibilisées.

CD : Y a-t-il un type de handicap mieux perçu qu’un autre en entreprise ?

AR : Le handicap le mieux perçu est le handicap moteur puisque c’est le plus courant et on sait (presque tout le temps) ce que ça va impliquer pour l’entreprise. Alors que pour une personne avec un handicap psychologique ou des troubles autistiques, ça sera plus compliqué.

CD : Parfois, les tenues de travail sont compliquées à trouver pour les personnes à mobilité réduite ; avez-vous déjà rencontré des personnes confrontées à ce type de problème ?

AR : Oui, mais cette personne arrive à palier ses difficultés. Cette personne choisit en général des T-shirts avec une coupe un peu ample ou essaye de prendre une taille de plus que d’habitude pour que le vêtement soit assez confortable (mais c’est aussi un goût personnel). Il faut aussi savoir que pour les hommes par exemple, certaines marques comme Element ou Eleven Paris font des joggings qui ressemblent beaucoup à des jeans, un peu comme les jeggings pour les femmes. Choisir ce type de vêtement permet d’avoir une tenue professionnellement acceptable et de garder un maximum de confort.

CD : Que pensez du label Bien-à-Porter développé par COVER ?

AR : Je trouve que c’est une très bonne démarche. COVER peut, par le biais de son label, contribuer à redonner cette confiance aux personnes en situation de handicap. Avec un label dans les magasins, faire du shopping sera moins compliqué et pourra réconcilier certaines personnes avec le prêt-à-porter. La confiance en soi étant un élément important dans le milieu professionnel, pouvoir s’habiller « comme tout le monde » ne peut avoir qu’un effet positif et je pense que cela peut participer à pallier ce trop plein d’attention. Cependant, il faudra que COVER et les différents magasins fassent beaucoup de promotion concernant ce label pour que toutes les personnes concernées soient informées.

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A propos de Elisa Rouget

Etudiante en communication, Elisa attache une grande importance au vivre ensemble et à l'inclusion sociale. Elle considère la mode comme un vecteur majeur de l'inclusion sociale.

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